Roman de Jo Magloar
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Blanche farine. Avoir du pain.
L’orage gronde à l’heure de la grand-messe. Les cierges couleur ivoire éclairent pauvrement l’église. On dirait qu’il va faire noir. On dirait que vient le soir. La grêle nourrie de froid comme un linge au vent s’abat et claque au beau milieu de juin, s’acharnant tambourinant avec ses bras solides.
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Dimanche & fêtes
À l’église pendant les chants Joché rêve parfaitement. C’est sur les murs à tout instant des projections comme chaque songe éclairé furtivement dans la lueur mobile d’un phare lancée par-dessus l’océan.
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Une mâle assurance
Joché a l’impression de flotter dans la vide écorce de son père absent. De s’introduire dans la peau de cet adulte qu’il deviendra dorénavant. De calquer précisément son pas juste dans la vie derrière lui. D’être un héros encasqué flottant avec légèreté dans l’espace infini. Mais aussi un chenapan qui vient fouiner dans les affaires…
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Joché est un démon
Christa est en train de regarder la télévision. Joché perçoit au loin la sourde rumeur caractéristique de voix chuintantes parvenir de la salle à manger. Sinon tout est calme dans la maison. La voie est sûre. Les parents sont partis aux champs.
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Il portait sur ses joues l’écarlate étendard des enfants campagnards
Joché Magloar c’était un gentil garçon mais on aurait dit de tout temps que quelque chose lui brûlait à l’intérieur. C’était une impatience. Un agacement. Un préjugé. Mieux que ça une guerrière colère. C’était un feu en sa poitrine qui se laissait deviner, s’approchait et venait frotter les jambes comme un funeste chat. Il était…
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L’étang de Berxceau
Dans le souvenir certaines couleurs s’accentuent quand d’autres s’estompent. L’étang de Berxceau est pour Jo un plat paysage d’eau grisée qui sitôt intrus dans la pensée génère par-dessus lui-même une nouvelle image où son père apparait.
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Le bouquet de promenade
Après le pique-nique Tudal conduisait la famille sur ces sentiers privés accessibles aux seuls moines et chacun se sentait privilégié d’être mené là par un tel guide. On accédait à la promenade par des portes situées à l’arrière de l’abbaye de Volaimbœuf et encore fallait-il franchir une clôture verrouillée d’un cadenas pour se retrouver enfin…
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Seule luit dans ses yeux la nuit
Vue de loin, la modeste bicoque aux ardoises manquantes pouvait le soir passer pour la maison d’une sorcière.
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Derrière les arbres au bout d’un chemin serpentant
Le clocher ne sonnait plus. Le temps, qui est un géant, était resté assis là longuement et tout était chamboulé. L’antique abbaye de Volaimbœuf n’était plus qu’une ruine en friche, rongée par les lichens et l’humidité. On pouvait voir les antiques tombes des moines délaissées se mêler à des fragments de piliers effondrés.
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Les arbres animaux
Dans un film américain souvent diffusé à la télévision il avait pu voir une famille de tueurs maffieux traverser en voiture la péninsule sicilienne afin de surprendre le clan adverse qui se trouverait réuni à l’heure de la messe.
