Roman de Jo Magloar

  • Du lendemain au jour

    Du lendemain au jour

    Le sable épandu devant la ferme restait beau tant qu’il n’était pas touché par la boue des fumiers et les travaux des champs. Ça durait pas longtemps. Jour après jour les vaches s’y soulageaient quand elles avaient bien bu. S’abandonnant sans retenue. Lâchant des bouses démesurées retombant en galettes.

  • Les vaches

    Les vaches

    Il avait fait chaud dans la journée. Le troupeau rentré du pré le soir restait longtemps à l’abreuvoir. Les bêtes assoiffées buvaient agglutinées. En nage. Énervées. S’agaçant mutuellement. Cornes dressées entrechoquées. Elles aspiraient l’eau au lieu de boire.

  • Une pomme rouge. Une pomme verte.

    Une pomme rouge. Une pomme verte.

    Timide et gêné de soi-même. Revêche. Voilà comme il était. On le croyait benêt et son frère bien plus intelligent. Quand Ilivan Régnier aurait pu être représentant de commerce ou faire carrière dans l’administration, Sakrew Régnier parlait encore comme un enfant de sept ans. Il est vrai qu’à l’école on se moquait de lui ; c’était…

  • Chant & Déchant

    Chant & Déchant

    Hé paysan ! Le monde des puissants s’élève loin au-dessus de toi. Des seigneurs richement vêtus te toisent avec amusement par-delà les nuages. Leurs dames sont des princesses ailées. Ils sont escortés de gens armés d’épées et de boucliers d’acier montés sur de blancs destriers caparaçonnés. Les clercs brandissent devant toi les livres sacrés, ornés…

  • La nature indécise

    La nature indécise

    Ils étaient à l’harmonium pour accompagner les messes. Sakrew jouait les samedis et Ilivan les dimanches. Physiquement ils se ressemblaient et avaient une drôle de physionomie. Leur tête sur le dessus avait légèrement tendance à devenir pointue vers le sommet un peu comme un oignon.

  • Premier contact avec la mer Rouge.

    Premier contact avec la mer Rouge.

    De cet hiver obscur on ne voyait plus la fin. La campagne ployait noyée sous un déluge. Le moindre ruisseau surgissait en rugissant torrent. Au bas de chaque champ sa mare, large comme un étang. Les arbres étonnés avaient les pieds dans l’eau. C’est comme ça sans mentir tous les quatre ou cinq ans. Souvent…

  • Blanche farine. Avoir du pain.

    Blanche farine. Avoir du pain.

    L’orage gronde à l’heure de la grand-messe. Les cierges couleur ivoire éclairent pauvrement l’église. On dirait qu’il va faire noir. On dirait que vient le soir. La grêle nourrie de froid comme un linge au vent s’abat et claque au beau milieu de juin, s’acharnant tambourinant avec ses bras solides.

  • Dimanche & fêtes

    Dimanche & fêtes

    À l’église pendant les chants Joché rêve parfaitement. C’est sur les murs à tout instant des projections comme chaque songe éclairé furtivement dans la lueur mobile d’un phare lancée par-dessus l’océan.

  • Une mâle assurance

    Une mâle assurance

    Joché a l’impression de flotter dans la vide écorce de son père absent. De s’introduire dans la peau de cet adulte qu’il deviendra dorénavant. De calquer précisément son pas juste dans la vie derrière lui. D’être un héros encasqué flottant avec légèreté dans l’espace infini. Mais aussi un chenapan qui vient fouiner dans les affaires…

  • Joché est un démon

    Joché est un démon

    Christa est en train de regarder la télévision. Joché perçoit au loin la sourde rumeur caractéristique de voix chuintantes parvenir de la salle à manger. Sinon tout est calme dans la maison. La voie est sûre. Les parents sont partis aux champs.